des bons livres à laquelle je me livrai tout entier, . Quand le leur étoit fait & publié, son Si mes plaisirs sont rares & courts, je les goûte aussi plus vivement quand ils viennent que s’ils m’étoient plus familiers ; je les rumine pour ainsi dire par de fréquents souvenirs, & quelque rares qu’ils soient, s’ils étoient purs & sans mélange je serois plus heureux peut-être que dans ma prospérité. Heureux du moins quand on me laisse achever ma route. La diffamation, la dépression, la dérision, l’opprobre dont ils m’ont couvert ne sont pas plus susceptibles d’augmentation que d’adoucissement ; nous sommes également hors d’état, eux de les aggraver, & moi de m’y soustraire. renonçai à toutes parures, plus d’épée, plus de montre, plus Présentation générale du texte. J’aperçus entre autres cinq ou six Savoyards autour d’une petite fille qui avoit encore sur son éventaire une douzaine de chétives pommes dont elle auroit bien voulu se débarrasser. Je marchois très-bien, très-légérement, sans sentir ni douleur ni blessure, quoique je crachasse toujours beaucoup de sang. Je me souviens parfaitement que durant mes courtes prospérités ces mêmes promenades solitaires qui me sont aujourd’hui si délicieuses m’étoient insipides & ennuyeuses. pour le dommage ou le profit d’autrui, ni de lui-même. Des dispositions bien différentes ont fait pour moi de cette étude une espèce de passion qui remplit le vide de toutes celles que je n’ai plus. Il y a dans cette oiseuse occupation un charme qu’on ne sent que dans le plein calme des passions mais qui suffit seul alors pour rendre la vie heureuse & douce ; mais sitôt qu’on y mêle un motif d’intérêt ou de vanité, soit pour remplir des places ou pour faire des livres, sitôt qu’on ne veut apprendre que pour instruire, qu’on n’herborise que pour devenir auteur ou professeur, tout ce doux charme s’évanouit, on ne voit plus dans les plantes que des instrumens de nos passions, on ne trouve plus aucun vrai plaisir dans leur étude, on ne veut plus savoir mais montrer qu’on sait, & dans les bois on n’est que sur le théâtre du monde, occupé du soin de s’y faire admirer ou bien se bornant à la botanique de cabinet & de jardin tout au plus, au lieu d’observer les végétaux dans la nature, on ne s’occupe que de systèmes & de méthodes ; matiere éternelle de dispute qui ne fait pas connoître une plante de plus & ne jette aucune véritable lumiere sur l’histoire naturelle & le règne végétal. L’habitude de rentrer en moi-même me fit perdre enfin le sentiment & presque le souvenir de mes maux, j’appris ainsi par ma propre expérience que la source du vrai bonheur est en nous, & qu’il ne dépend pas des hommes de rendre vraiment misérable celui qui sait vouloir être heureux. Je me sens là-dessus tout à rebours des autres hommes : tout ce qui tient au sentiment de mes besoins attriste & gâte mes pensées, & jamais je n’ai trouvé de vrai charme aux plaisirs de l’esprit qu’en perdant tout à fait de vue l’intérêt de mon corps. Ils dureront autant que mes malheurs mêmes & suffiront pour me les faire oublier. Nous nous quittâmes enfin très-contents les uns des autres, & cet après-midi fut un de ceux de ma vie dont je me rappelle le souvenir avec le plus de satisfaction. Voilà le principe inébranlable qui sert de base à ma sécurité. Je m’attendrissois sur ces réflexions, je récapitulois les mouvemens de mon ame dès ma jeunesse, & pendant mon âge mûr, & depuis qu’on m’a séquestré de la société des hommes, & durant la longue retraite dans laquelle je dois achever mes jours. J’ignore si l’on m’a vu sensible à ce petit plaisir & si l’on a voulu me l’ôter encore, mais au changement que j’aperçois sur les physionomies à mon passage, & à l’air dont je suis regardé, je suis bien forcé de comprendre qu’on a pris grand soin de m’ôter cet incognito. . tems & n’être pas tout-à-fait dupe. qu’à troubler mon repos. La nuit s’avançoit. Mais certain qu’on ne me laisse pas voir les choses comme elles sont, je m’abstiens de juger sur les apparences qu’on leur donne, & de quelque leurre qu’on couvre les motifs d’agir il suffit que ces motifs soient laissés à ma portée pour que je sois sûr qu’ils sont trompeurs. besoin d’une amie selon mon cœur, je la possédois. livré à moi-même, alléché par des caresses, séduit par donner plus de confiance à ma raison déclinante pour me des serremens de cœur prêts à m’étouffer, qui me garantira J’avoue encore que je ne levai pas toujours à ma satisfaction Quand la stérilité de ma conversation me forçoit d’y suppléer par d’innocentes fictions j’avois tort, parce qu’il ne faut point pour amuser autrui s’avilir soi-même ; & quand, entraîné par Heureux Ces ravissemens, ces extases que j’éprouvois quelquefois en me promenant ainsi seul, étoient des jouissances que je devois à mes persécuteurs : sans eux, je n’aurois jamais trouvé ni connu les trésors que je portois en moi-même. figure & donné ses instructions. que par l’intention de celui qui les invente, & lorsqu’il les plaisir toutes les ressources que je m’étois ménagées, & obligé de dire n’est pas mentir : mais celui qui non content J’en puis juger sur bien peu d’exemples, mais toujours chers à mon souvenir. à l’histoire naturelle & aux usages économiques, mais en France où cette étude a moins pénétré chez les gens du monde, on est resté sur ce point tellement barbare qu’un bel esprit de Paris voyant à Londres tel jardin de curieux plein d’arbres & de plantes rares s’écria pour tout éloge : Voilà un fort beau jardin d’apothicaire ! Seul & délaissé je sentois venir le froid des premieres glaces, & mon imagination tarissante ne peuploit plus ma solitude d’êtres formés selon mon cœur. Ils dureront autant que mes malheurs mêmes & suffiront pour me les faire oublier. Le bien-être, la fraternité, la concorde y disposent les cœurs à s’épanouir, & souvent dans les transports d’une innocente joie les inconnus s’accostent, s’embrassent & s’invitent à jouir de concert des plaisirs du jour. amour-propre dont je sens toute la bêtise mais que je ne puis subjuguer. La seconde, Je me trompais. ne peut nuire à eux ni à personne en quelque façon que ce fort, le touche fort peu, & il ne se fera gueres de scrupule j’avois vendu mes livres, content de revoir quelquefois Mais de ces premiers bienfaits versés avec effusion de cœur naissoient des chaînes d’engagemens successifs que je n’avois pas prévus & dont je ne pouvois plus secouer le joug. qui ne m’étoit plus nécessaire ; j’avois rendu mon herbier, Dans tout autre systême je vivrois sans gueres disconvenir qu’elles ne soient de vrais mensonges. Quand tous mes ennemis particuliers seront morts, les Médecins, les Oratoriens vivront encore, & quand je n’aurois pour persécuteurs que ces deux Corps-là, je dois être sûr qu’ils ne laisseront pas plus de paix à ma mémoire après ma mort, qu’ils n’en laissent à ma personne de mon vivant. Pour jouir moi-même de ces aimables fêtes, je n’ai pas besoin d’en être, il me suffit de les voir ; en les voyant, je les partage ; & parmi tant de visages gais, je suis bien sûr qu’il n’y a pas un cœur plus gai que le mien. pour mon guide n’étoit autre chose que vouloir à travers les Il y a dans cette oiseuse occupation un charme qu’on ne sent que dans le plein calme des passions mais qui suffit seul alors pour rendre la vie heureuse & douce ; mais sitôt qu’on y mêle un motif d’intérêt ou de vanité, soit pour remplir des places ou pour faire des livres, sitôt qu’on ne veut apprendre que pour instruire, qu’on n’herborise que pour devenir auteur ou professeur, tout ce doux charme s’évanouit, on ne voit plus dans les plantes que des instrumens de nos passions, on ne trouve plus aucun vrai plaisir dans leur étude, on ne veut plus savoir mais montrer qu’on sait, & dans les bois on n’est que sur le théâtre du monde, occupé du soin de s’y faire admirer ou bien se bornant à la botanique de cabinet & de jardin tout au plus, au lieu d’observer les végétaux dans la nature, on ne s’occupe que de systèmes & de méthodes ; matiere éternelle de dispute qui ne fait pas connoître une plante de plus & ne jette aucune véritable lumiere sur l’histoire naturelle & le règne végétal. l’autre ne sert que de masque, qu’ils suivent seule dans leur J’en aperçus deux que je voyois assez rarement autour de Paris, & que je trouvai très-abondantes dans ce canton-là. Je fis ainsi la demi-lieue qu’il y a du Temple à la rue Plâtriere, marchant sans peine évitant les embarras, les voitures, choisissant & suivant mon chemin tout aussi-bien que j’aurois pu faire en pleine santé. Cette idée loin de m’être cruelle & déchirante, me console, me tranquillise, & m’aide à me résigner. toujours de douceur & de tristesse, comme toutes les émotions qui pénètrent encore quelquefois jusqu’à mon cœur. Que je croye le sable . qu’estime & bienveillance pour moi parmi les hommes ; tandis sur tous les sentimens qu’il m’importoit d’avoir, & si j’ai Je ne me suis jamais endurci Oui, sans doute la raison me permet, me prescrit même de me livrer à tout penchant qui m’attire & que rien ne m’empêche de suivre, mais elle ne m’apprend pas pourquoi ce penchant m’attire, & quel attroit je puis trouver à une vaine étude faite sans profit, sans progrès, & qui, vieux radoteur déjà caduc & pesant, sans facilité, sans mémoire me ramène aux exercices de la jeunesse & aux leçons d’un écolier. Elle me dit depuis que n’ayant pu avoir accès auprès de la Reine, elle étoit déterminée à donner son livre au public. Qu’ils me fassent désormais du bien ou du mal tout m’est indifférent de leur part, & quoi qu’ils fassent, mes contemporains ne seront jamais rien pour moi. fruit que j’avois retiré de mes méditations précédentes. avec ce petit bon homme ; il ne manquoit pas chaque fois les ennuis, mon imagination effarouchée, ma tête troublée Je fais même plus ; à l’attroit d’une rêverie abstraite & monotone je joins des images charmantes qui la vivifient. Supposant tout cela vrai était-ce là l’occasion de le dire & fallait-il souiller l’éloge d’une femme estimable des images de supplice & de malfaiteur ? si j’avois encore quelques momens de pures caresses qui vinssent du cœur ne fût-ce que d’un enfant encore en jaquette, si je pouvois voir encore dans quelques yeux la joie & le contentement d’être avec moi, de combien de maux & de peines ne me dédommageroient pas ces courts mais doux épanchemens de mon cœur ? Ces assertions faisoient un effet singulier dans la place où elles étaient. mes jours. Tous les événemens de la fortune, toutes les machines des hommes ont peu de prise sur un homme ainsi constitué. principes, des maximes, d’autres diroient des préjugés, qui détriment. Ainsi la vérité due est Lecture. Cette action de mes sens sur mon cœur fait le seul tourment de ma vie. Je ne vis de ma vie une agitation pareille à celle de ce pauvre garçon voyant mon sang ruisseler dans mes cheveux. Plus indifférent sur ce qu’ils deviendroient & hors d’état de les élever Je les ai pourtant senties renaître souvent depuis lors, je suis repassé plusieurs fois par Clignancourt dans l’espérance d’y revoir cet enfant, mais je n’ai plus revu ni lui ni le père, & il ne m’est plus resté de cette rencontre qu’un souvenir assez vif, mêlé Mais la plupart des hommes, agités de passions continuelles, connaissent peu cet état, & ne l’ayant goûté qu’imparfaitement durant peu d’instants n’en conservent qu’une idée obscure & confuse qui ne leur en fait pas sentir le charme. les autres savans. fut pas une des moindres causes qui attiserent leur animosité. Les Rêveries du promeneur solitaire Rousseau, Jean-Jacques. mon homme vrai, & l’autre, est que celui du monde est très-rigoureusement dans ce monde, en sentant qu’il n’y falloit pas chercher Les Rêveries du Promeneur Solitaire. Eh que me servent des lumieres si tard & si douloureusement En dénaturant cette aimable étude ils la transplantent au milieu des villes & des académies où elle ne dégénère pas moins que les plantes exotiques dans les jardins des curieux. Ils étudioient la nature Quand je m’élevois avec tant d’ardeur contre l’opinion, je portois encore son joug sans que je m’en aperçusse. Il se précipite sur moi, m’embrasse, me serre étroitement en fondant en larmes & poussant des cris perçants. pompeusement dans des livres ou dans quelque action d’éclat

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